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La Pologne est et restera un partenaire important au sein de l’Union européenne – interview avec le nouvel Ambassadeur de France en Pologne

2016/10/27 Actualités de la CCIFP 

Comment trouvez-vous les relations franco-polonaises en ce moment ?

Pierre Lévy, Ambassadeur de France en Pologne : La France et la Pologne sont étroitement liées par une longue amitié et par une proximité culturelle et intellectuelle très ancienne. Depuis la chute du Mur de Berlin, la Pologne est une des grandes réussites européennes et la France est fière d’y avoir contribué. Nous sommes aujourd’hui ensemble dans l’Union européenne et dans l’OTAN. Les relations franco-polonaises ont connu ces dernières années un développement prometteur. La Pologne est ainsi notre premier partenaire en Europe centrale et orientale avec un volume d’échanges de 16,7 Md€ en 2015. Le rappel de ces fondamentaux me semble d’autant plus nécessaire à un moment où des difficultés pèsent sur la relation bilatérale. La récente décision du gouvernement polonais de mettre fin aux négociations pour l’acquisition de 50 Caracal, après l’appel d’offres transparent et équitable remporté par Airbus Helicopters en 2015, a suscité beaucoup d’interrogations et d’incompréhensions chez nous. Notre déception est d’autant plus grande qu’il ne s’agissait pas, à nos yeux, d’une simple opération commerciale. Nous avions souligné auprès de nos interlocuteurs polonais la portée structurante de ce projet qui s’inscrivait dans une vision ambitieuse d’un partenariat stratégique et de notre contribution commune pour bâtir une véritable Europe de la défense. Celle-ci ne peut exister sans une base européenne d’industrie de défense. La Pologne aurait été positionnée comme un acteur clé en ce domaine. Nous comprenons d’autant moins que les autorités polonaises tiennent un discours positif à l’égard de l’Europe de la défense.  

Après le report, à notre initiative, des consultations intergouvernementales, nous devons, Français et Polonais, faire le point. De notre côté, nous souhaitons bien entendu continuer à développer la coopération avec la Pologne, qui est et restera un partenaire important au sein de l’Union européenne. Nous devons toutefois veiller à donner un contenu substantiel à cette coopération et à faire en sorte que les prochaines échéances soient l’occasion d’avancées réelles bénéfiques à nos deux pays et à l’Union européenne.

En tant que nouvel Ambassadeur, quels sont les priorités de votre mission en Pologne ?

Pierre Lévy, Ambassadeur de France en Pologne : Je commencerai par les enjeux européens qui sont déterminants pour l’avenir de nos pays et me sont chers. Je suis convaincu que, dans la phase critique actuelle, nous avons une responsabilité commune de premier plan pour que l’Union européenne regagne en efficacité et en confiance auprès de ses peuples. Les Polonais demeurent, je le sais, profondément attachés à l’Europe. Après le sommet de Bratislava, en septembre dernier, nous disposons d’une feuille de route dans des domaines concrets et prioritaires pour nos citoyens, – migrations, sécurité, défense, croissance -, avec en perspective le 60e anniversaire des Traités de Rome, en mars prochain. Je ne ménagerai pas mes efforts pour favoriser  de larges convergences et rapprocher nos points de vue sur les sujets plus délicats, comme celui des travailleurs détachés ou du transport routier. La visite récente à Varsovie de la ministre française du travail, Mme El Khomri, montre bien que le dialogue est utile et se poursuit.

La lutte contre les dérèglements climatiques figure parmi mes priorités. La France passera le relais de la présidence de la COP (conférence des parties à la Convention cadre sur le climat) au Maroc, au sommet de Marrakech, le 7 novembre. Je salue la ratification récente par la Pologne de l’accord de Paris, contribuant à son entrée en vigueur. Nous entendons rester très engagés. Agir, ce n’est pas vouloir être exemplaire, mais répondre à nos intérêts : vivre mieux, réduire la dépendance énergétique, exploiter les gisements de croissance de l’économie verte. Il faut bien le comprendre.  Un travail de conviction sur le terrain est nécessaire. Tel est l’objet d’Eco-Miasto, un concours organisé par l’ambassade pour la 4e année consécutive. Cette initiative encourage les municipalités polonaises à mettre en œuvre des solutions combinant amélioration de la qualité de la vie, retombées économiques et réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Dans quels domaines la coopération entre la France et la Pologne fleurit et où elle pourrait être encore renforcée ?

Pierre Lévy, Ambassadeur de France en Pologne : La coopération culturelle est traditionnellement l’un des marqueurs de notre relation, du fait de la proximité et de l’attirance réciproque entre nos deux pays. Nous organisons ainsi régulièrement des événements de grande ampleur (expositions « Napoléon et les arts » ou « Peindre en Normandie », opération French Touch, …).

La coopération scientifique est aussi en plein essor avec les programmes conjoints entre universités françaises et polonaises, -76 doubles diplômes à ce jour-, et un Forum franco-polonais de la recherche dont nous souhaitons faire un rendez-vous annuel. Un accent particulier est mis sur les domaines d’avenir, comme le nucléaire.

Nous devons accompagner les efforts des autorités polonaises pour passer à un modèle de développement fondé davantage sur l’innovation. Dans le cadre du Plan Morawiecki, les entreprises françaises pourraient ainsi jouer un rôle accru dans le développement de l’identité numérique (cartes à puce et identité digitale via smartphones) et la mise en œuvre de « l’écosystème » des start-ups (incubateurs organisationnels et financiers). La coopération franco-polonaise pourrait également être renforcée dans les autres secteurs où les entreprises françaises sont depuis longtemps implantées en Pologne, comme la gestion de l’eau, les infrastructures routières, la gestion des déchets.

Par ailleurs, la Pologne et la France sont deux grands pays agricoles. Ce secteur offre des perspectives très intéressantes de coopération. C’est pourquoi la France aura en 2017 un pavillon au salon Agroshow, comme les années précédentes. En partenariat avec la BPI, l’Ambassade  et Business France accompagneront plusieurs entreprises sur ce marché. Parmi les autres domaines prometteurs, je mentionnerai brièvement celui de la santé. La prévention et le diagnostic précoce du cancer sont des enjeux stratégiques pour le gouvernement polonais. Là aussi, l’Ambassade et Business France ont programmé des actions pour promouvoir notre savoir-faire et les compétences de nos entreprises.

Quelles sont les perspectives de développement des relatons économiques entre la France et la Pologne en ce qui concerne l’échange commercial et l’afflux des investissements ?

Pierre Lévy, Ambassadeur de France en Pologne : Les entreprises françaises se situent de facto au second rang des investisseurs étrangers en Pologne, pour un montant total de presque 20 Md€ fin 2014, une fois décomptés les stocks néerlandais et luxembourgeois, soit un niveau très proche de celui de l’Allemagne, Elles continuent d’investir, dans le sillage des pionniers qui ont tracé la voie au cours des années quatre-vingt-dix, les investissements directs français en Pologne ayant été multipliés par plus de cinq entre 1999 et 2014. Nos plus grandes entreprises, notamment celles du CAC40, y sont ainsi présentes, souvent en position de leader sur leurs marchés (grande distribution, hôtellerie, cosmétiques, pharmacie, BTP, etc.). Il faut saluer également le rôle joué désormais par les PME et les ETI. L’activité des filiales françaises est un facteur de dynamisme important pour l’économie polonaise : selon l’enquête Inward FATS, on dénombrait en 2013 (hors secteur financier) 529 filiales françaises employant directement en Pologne presque 160 000 personnes. Dans l’autre sens, les investissements directs polonais en France apparaissaient encore marginaux et principalement concentrés dans le secteur des services, pour un stock, selon la Banque de France, de 400 M€ en 2015. Le rachat, en début d’année 2015, de 65,3 % des parts du groupe Fruehauf par le producteur de remorques et semi-remorques Wielton a toutefois illustré l’intérêt croissant des entreprises polonaises pour la France.

Nos échanges continuent de croître mais ils sont structurellement déficitaires. Après avoir été positif pour la France jusqu’en 2008, le solde commercial s’est progressivement dégradé jusqu’à atteindre un  déficit de -1,3 Md€ en 2012. Il devrait en 2016 rester stable par rapport à 2015, avec une estimation de l’ordre de -1,21 Md€, selon les chiffres des douanes polonaises, au 1er semestre de cette année. En définitive, les évolutions à la mi-2016 témoignent du dynamisme soutenu de nos relations commerciales. L’année 2017 sera, j’en suis certain, active pour vous comme pour nous.

Merci d’avoir répondu à nos questions.

Pierre Levy